Dramuscules, de Thomas Bernhard

Tous les vendredis et samedis à 20h30 du 2 juin au 1er juillet et du 8 septembre au 7 octobre 2017, et les dimanches 25 juin et 24 septembre à 15h00 (voir le calendrier de nos représentations)

Prix des places: 12€, 10€ pour les pensionnés et les étudiants, 8€ pour les comédiens sur présentation d'une carte et 7€ pour les enfants de moins de 12 ans.

Dramuscules

Mise en scène et scénographie de Thierry Roland

Avec Fanny Liberatoscioli, Florine Roland et Michel Gramme

Régie de Quentin Hupkens, Dimitri Podgornïi, Julie Liberatoscioli, Jean-Marie Rigaux

Création vidéos de Dimitri Podgornïi

Décors et accessoires de Daniel Deswert et Jean-Michel Beaupain

Dramuscules - petits drames - est constitué de sept courtes pièces : deux commères sortent d'une église et découvrent une forme allongée dans la pénombre (un mort ? qui ?) ; plus tard, elles évoqueront le décès accidentel d'un bienfaiteur de leur entourage (mais celui-ci était-il donc si charitable ? et celui qui l'a renversé bien involontairement n'était-il pas turc ?) ; entretemps, l'une d'elles se sera lamentée sur l'uniforme abîmé de son mari policier, lequel est absorbé par un match (se fait-il respecter par ces hordes de manifestants ?) ; un homme politique entre en scène, bientôt suivi de deux jolies femmes (est-il un authentique démocrate ?) ; le dramaturge, lui, n'hésite pas à se théâtraliser…


Le mot du metteur en scène

Avec un humour noir et grinçant qui n'élude pas l'autodérision, Thomas Bernhard explore le fantasme d'une permanence du nazisme, jamais éradiqué, dans une outrance qui confine au délire. Les préjugés, les frustrations, les soupçons qui s'expriment au quotidien, les méchancetés qui en résultent, s'exacerbent dans des propos redondants, lancinants et finalement hystériques.

L'enfance de Thomas Bernhard, né en 1931, a été partagée entre l'Autriche et l'Allemagne. Il demeurera traumatisé par le nazisme. Il y a de quoi : en 1942, il fait un séjour dans un centre d'éducation national-socialiste pour enfants en Thuringe, où il est maltraité et humilié; il est placé dans un internat nazi à Salzbourg en 1943. Son œuvre littéraire - dont son grand roman Extinction, un effondrement - met en doute le processus de dénazification d'après-guerre et expose, au contraire, la persistance d'un fascisme souterrain, parfois dissimulé par un catholicisme compassé. Le style de Bernhard, si particulier, est de nature à fasciner lecteurs et spectateurs, tant il est en adéquation avec la teneur de ses propos : des phrases répétitives, fondées sur un langage populaire, mais cristallisées dans une forme in fine très littéraire ; elles charrient toutes les obsessions (les siennes, celles de ses personnages) propres à être scandées jusqu'à l'hystérie. Thomas Bernhard meurt en 1989 des suites d'une maladie pulmonaire qui l'accable depuis l'immédiat après-guerre. Les Dramuscules avaient été écrits l'année précédente. Près de trente ans plus tard, les faits contemporains en font ressortir d'interpellantes résonances.

Ce qui est captivant dans l'œuvre de Bernhard, particulièrement dans Dramuscules, c'est la disposition de l'auteur à exhiber les tréfonds de l'âme humaine, l'arrière-zone bien grise d'un cerveau - dans sa composante reptilienne - qui fait osciller l'individu de la bienveillance à la haine vigoureuse. C'est encore la prescience que le nazisme a instillé des comportements qui ne sont pas forcément le fait d'un peuple et d'un moment historique singuliers, même s'ils ont été amplifiés par cette idéologie, mais qu'ils répondent à des pulsions prêtes à se manifester à d'autres époques. La nôtre connaît une recrudescence des populismes qui, s'ils ne véhiculent pas la nostalgie de l'hitlérisme, ne laissent pas d'inquiéter les démocrates. Ainsi, tant d'Européens se sont-ils crispés - affectivement et politiquement - à l'égard des migrants (c'est ainsi qu'ils les ont nommés) en plébiscitant des politiciens autoritaires. La xénophobie l'a emporté sur la solidarité; les émotions suscitées par la crainte d'un basculement de nos sociétés ont enrayé l'empathie qu'auraient dû engager la souffrance et la mort de tant d'innocents fuyant l'horreur (plus de 10.000 noyés en Méditerranée depuis 2014). Le théâtre est un lieu d'interpellation par excellence (dans la proximité féconde du spectacle et des spectateurs, ce qui est particulièrement patent au Proscenium). Aussi, la jubilatoire superposition des écrits de Thomas Bernhard et de nos préoccupations, du rire et du drame, d'un décor immaculé et d'un propos à la noirceur avérée, m'a-t-elle semblé digne d'être proposée au Théâtre Proscenium auquel je sais gré d'avoir encouragé, de toutes les manières, ce projet.


Téléchargez le fascicule de Dramuscules.

Théâtre Proscenium

Rue Souverain Pont, 28, 4000 Liège

Tél : 0479 82 24 39

info@proscenium.be

Réservations

Par téléphone au 0479/82.24.39

Par e-mail à reservation@proscenium.be

Nos partenaires